© 2019 CHARLIE VEROT

ENTRETIEN AVEC CHARLIE VEROT - JUILLET 2019

HUGO PERNET : J’ai vu que tu peignais des carlins ces jours-ci : vous aimez les chiens ?

CV : Les noirs oui. Je regardais comment me procurer un carlin noir, et en y regardant de plus prêt j’ai remarqué qu’ils avaient la même tête que Ad Reinhardt (vérifie tu verras).
Je me suis dit : ils sont tout noir et ils ont une tête absurde, j’ai donc vite pensé aux peintures noires et aux caricatures d’Ad Reinhardt. Le carlin noir est alors devenu un bon sujet de peinture. En plus ces chiens ont un pedigree, une espèce de système de parenté un peu débile qui fait que leur prix est le même (voir plus pour certains) que ceux de mes tableaux actuels. Tout me semblait fonctionner pour une bonne peinture.

HP : Il paraît que les chiens ont un muscle facial qui les différencie des loups et qui leur fait prendre cette expression de « chien battu » qu’on aime tant. Tu ne crois pas que les tableaux ont aussi des stratégies pour se faire « adopter » ?

CV : En effet, tu as bien compris mes Black (Dog) Paintings, certaines peintures d’autres peintres (je pense que tu trouveras facilement des exemples) jouent de la séduction et font la moue. En général ce genre de peinture m’agace, alors je me suis dit que moi aussi j’allais en faire une et y aller à fond. J’ai donc peint un chien comme je peindrais un monochrome noir qui fait la moue de chien battu !

HP : Mais alors est-ce que tu aimes la peinture ? Quand je pense à ton travail je me dis que c’est juste du remplissage, du noir sur du blanc parce qu’il faut bien peindre quelque chose. Que ça soit une peinture abstraite, un logo ou un chien mignon ça ne change pas grand chose, non ?

CV : « Allez underground, ne laissez personne savoir que vous travaillez » (Duchamp). J’aime l’idée que mes tableaux semblent détachés de toute forme de labeur : pas besoin de frimer à être un bosseur pour justifier sa peinture. Je souhaite que mes tableaux soient détachés au maximum de moi, qu’ils soient autonomes. Donc qu’on ne voie pas mon travail dessus c’est idéal. Mais dans un sens tu as aussi raison, le sujet ne change pas grand-chose, du moins pour moi. Leur interaction m’intéresse, le fait aussi qu’ils génèrent un paradoxe. Je souhaite plutôt rétablir le doute, poser des questions, plutôt que de répondre et pointer. C’est peut-être la leçon que j’ai tiré du Tableau retourné de Norbertus (Cornelis Norbertus
Gysbrechts) et du Saint Georges et le dragon d’Uccello. Par exemple, juste le fait de se dire « c’est un carlin ? C’est juste une grande tache noire ? c’est quoi ce bazar ? », ça m’intéresse
déjà, et j’ai envie d’amplifier ça. J’ai d’autres exemples si tu veux. Sinon, bien que mes tableaux
manifestent une certaine pauvreté, ils nécessitent chacun beaucoup de travail d’élaboration
et d’ajustement pour être le plus précis possible. D’ailleurs en disant ça je justifie mon labeur, quelle horreur. En tout cas voilà une question sur laquelle nous pourrions
glander à nous attarder. Et non je n’aime pas la peinture, je l’adore, c’est l’enfer (tu comprendras le paradoxe).

HP : Un truc qui m’a frappé quand on a pris un coup de soleil en terrasse ce printemps, c’est que tu as parlé de la peinture comme d’un travail, et du tableau comme quelque chose de moins important que l’activité de peindre. Le tableau est juste un rapport
d’activité ?

CV : Oui le tableau c’est ce que je donne aux autres, le tableau est fini, mais pas le travail, qui lui continue.

HP : Un truc nous rassemble, c’est que tu ne parais pas très doué en affaires, toi non plus. Quel est ton rapport à l’argent ?

CV : Hier j’ai acheté des AIR MAX PLUS blanches / or iridescentes et un diamant.

HP : Il y a des artistes qui, d’une manière ou d’une autre, se protègent du succès. Est-ce qu’il ne vaut pas mieux ne jamais devenir riche et célèbre, si on veut rester un artiste d’avant-garde ?

CV : Je pense que le mieux serait d’être riche et d’avant-garde, manger des huitres c’est bien meilleur pour la santé que des Panzani.

HP : Ah oui il faut que je te pose la question à un moment, qu’est-ce que tu fais à Marseille ?
C’est la « lumière du Sud », c’est ça ;) ?

CV : Tu veux la réponse officielle ou officieuse ?

HP : Sur Instagram, tu postes des photos de peintures que tu n’as pas encore faites, des simulations, est-ce que c’est une manière de tester leur efficacité ? Ou de dire que le fait de les réaliser n’a pas tellement d’importance ?

CV : Les réaliser ça n’a pas d’importance. Sur Instagram, que la peinture soit vraie ou simulée
ça n’a pas d’importance non plus.

HP : Tu publies aussi des photos du travail en cours, mais tu ne sembles jamais vouloir t’interrompre avant d’obtenir le résultat prévu. Tu veux absolument t’en tenir au plan A ?

CV : À vrai dire je n’ai pas de plan A. Le plan A ne marche jamais. Je n’ai pas plus de plan B, un plan B c’est bien trop bancal. Je dirais plutôt que je m’en tiens au plan C, un plan en constante évolution. Comme je te l’ai dit le tableau est un objet fini mais le travail ne s’arrête
jamais. Donc disons que je ne m’arrête jamais de travailler.

HP : La réalité pour toi c’est qu’il n’y a pas de plan B ?

CV : Pas plus de plan B que de plan A.

HP : D’ailleurs est-ce que tu as un plan B dans la vie ?

CV : Je m’en tiens au plan C.



INTERVIEW WITH CHARLIE VEROT - JULY 2019

HUGO PERNET : I see you’re currently painting Carlins/Pugs : do you like dogs ?

CV : The black ones, yes. I looked into getting myself a Pug, and on closer inspection
I noticed they have the same face as Ad Reinhardt (verify for yourself). I told myself : they’re all black with an absurd face, so black paintings and Ad Reinhardt’s cartoons quickly came to mind. The black Pug has hencefore become a good subject to paint. These dogs are
pedigree through a ridiculous system of parentage which means their price is the same (see more for certains) as those of my current paintings. Everything seems to function like a good painting.

HP : Apparently dogs have a facial muscle that differentiates them from wolves. This
muscle gives them their « doggie eyes » that we love so much. Do you see your own paintings as having strategies to encourage « adoption » ?

CV : Exactly, you’ve hit the nail on the head with my Black (Dog) Paintings. Certain paintings of other painters (I can easily find examples) play with seduction and make pouty faces. In general this kind of painting does my head in, then I thought why not do the same but go full out. So, I painted a dog like I paint a black monochrome that makes « doggie eyes » and pouty faces.

HP : So do you like Painting ? When I think about your work, I ask myself if it’s just
colouring-in, black on white, because one has to paint something. Whether it’s an
abstract painting, a logo or a cute dog doesn’t seem to change anything, does it ?

CV : « Go underground, don’t let anyone know you work » (Duchamp). I like the idea that my paintings seem dettached from all forms of labour : no need to stage the fact you are a hardworker to justify your painting practice. I want my paintings to be dettached from myself as much as possible, that they are autonomous. So ideally we can’t see my own hand in them. However you’re right, the subject doesn’t change much, at least for me. What interests me is their interaction, that they generate a paradox. I want to re-establish doubt and ask questions, more than to answer or point out. This is the lesson I learnt from The Reverse of a Framed Painting by Norbertus (Cornelis Norbertus Gysbrechts) and from Saint George and the Dragon by Uccello. For example just the fact of asking « Is that a Pug ? Is that just a big black stain ? What is this mess ? » already interests me and I want to amplify that. I’ve got other examples if you want... Although my paintings manifest a certain poorness, a lot of work goes into their elaboration and a lot of adjustments go into their precision. Horror, I’ve
just let on about my labour. We could linger for a long time on such a topic. And, no I don’t like painting, I adore it, it’s Hell (you understand the paradox)

HP : Another thing that struck me when we were sunburning on the terrace this springtime, is that you talk about painting as labour, and the actual paintings like something less important than the activity. Are the paintings just a report of the activity ?

CV : Yes, the painting is something I give to others, the painted canvas is finished, but the work, that continues.

HP : Something which unites us, it appears you’re not very business savvy. What’s your take on money ?

CV : Yesterday I bought some white / irridescent gold AIR MAX PLUS and a diamond.

HP : There are artists who in one way or another protect themselves from success. Is it not better to never become rich and famous, if we want to stay an avant-garde artist ?

CV : I think the best would be to be rich and avant-garde, eating oysters is far better for our health than eating Panzani.

HP : Ah yes I must at some point ask the question, what are you doing in Marseille ? It’s the « Southern light », right ;) ?

CV : You want the official or unoffical answer ?

HP : On instagram you post photos of paintings that you haven’t made yet as simulations. Is it a way of testing out their efficiency? Or, is it a way of saying that their
realisation is of little importance?

CV : Making them is not important. On instagram, whether the painting is real or simulated has no importance either.

HP : You also publish photos of work in progress, but it seems that you don’t want to interrupt yourself before arriving at a foreseen result. Do you want to absolutely keep to a plan A?

CV : To be truthful I don’t have a plan A. The plan A never works out. I don’t have a plan B either, a plan B is too rickety. I’d say I keep to plan C, a plan in constant evolution. Like I told you, the painting is a finished object but the work never stops. Therefore we can say
I never stop working.

HP : So reality for you, is that there isn’t a plan B?

CV : No more so than a plan A.

HP : So what’s your plan B in life?

CV : I keep to plan C.